Centre d'études et de recherches en arts platiques
accueillignes de recherchedébats recherche





art et monde contemporain

création et prospective

Alors que dans la recherche scientifique, la prospective sollicite prioritairement une démarche réflexive et exploratoire, l’acte créateur s’affirme d’abord comme instauration d’œuvres. Ainsi, quand l’attitude prospective tend à anticiper le devenir des sciences et des technologies du futur, la création artistique trouve son accomplissement dans l’existence même et la réception de l’œuvre créée.

Pourtant si la prospective a pour objet de poser des questions nouvelles, susceptibles d’être ensuite traitées par la recherche, elle aurait en commun avec la création artistique, le souci de construire des représentations sous forme de simulations ou de scénarios. Par la fiction, l’expérimentation aléatoire, les modélisations utopiques voire « uchroniques », un grand nombre d’artistes contemporains rejoignent des préoccupations analogues à celles des scientifiques.

Certes, les figures de l’avenir sont d’une incommensurable diversité comme l’imprévisible singularité des œuvres d’art à faire. Et pourtant, si le fabuleux développement des technosciences et de leurs multiples applications nous fascine, le prix à payer nous apparaît fréquemment exorbitant ; au point qu’une prise de conscience semble émerger tardivement, après un long purgatoire d’incrédulité ou d’inconscience collective désinvolte. Les prévisions et surtout les faits se révèlent en effet sur plusieurs plans de plus en plus alarmants. La notion de risque majeur a pris un sens intégral et concerne aujourd’hui, à travers la « globalisation », le devenir même de la planète, perçue comme un vaisseau, sujet à de telles avaries que si rien n’est fait avant peu, les dégâts seront irréversibles.

Or les mêmes artistes et scientifiques qui utilisent l’informatique, le WEB et tous les appareils dont l’infini rhizome immatériel entrelace les ondes, passent de l’enthousiasme à l’inquiétude devant les effets imminents du réchauffement climatique ou les dérives annoncées des biotechnologies, pour ne citer que deux exemples.

La création, qu’elle soit d’ordre scientifique ou artistique, est mise en demeure de se poser des questions d’ordre philosophique, d’ordre éthique et finalement politique.

C’est donc au sens que lui donnait Gaston Berger qu’il faut entendre le terme de prospective : voir l’avenir comme le résultat délibéré ou involontaire de nos actions. D’où l’importance de toute décision : il s’agit de s’inspirer des avenirs plutôt que du passé ! Einstein, en apprenant la destruction de Hiroshima se serait écrié : « il y a des choses qu’il vaudrait mieux ne pas faire ». Saura-t-on s’interdire le clonage reproductif humain ? Pourra-t-on limiter les gaz à effets de serre ? Que va-t-on faire des déchets nucléaires et de nos stocks d’armements de destruction massive ?

Autant de questions qui se posent aux scientifiques, aux artistes et à chaque citoyen du monde.





© cérap - Tous droits réservés | plan du site | flux rss | contact | crédits